Connaissez-vous Michel Pressoir ?

Posté par elizepierre le 30 juin 2011

C’était sur l’initiative de Jean-Marie Durand, super chanteur de sérénade hors du commun, que Michel Pressoir, de la forêt des Pins avait pris la decision de rentrer à Port-au-Prince en sursaut, afin de prendre part à un concours de chant traditionnel que Radio Haïti organisait tous les dimanches matin au Ciné Paramount au Champ-de-Mars.

C’était un beau programme, pour les jeunes surtout, mis sur pied grace à l’initiative de Ricardo Widmaier. En ce temps précis, Radio Haïti s’était donné pour mission de promouvoir tous les jeunes chanteurs haïtiens de l’époque dans une ambiance à nulle autre pareille qu’elle retransmettait tous les dimanches de 10 heures à X pm.

C’est ainsi qu’un jour le jeune Michel Pressoir, en bercant son père qui travaillait à la forêt des Pins chanta pour ce dernier une très belle chanson de Tino Rossi, très sollicitée à cette époque et qui s’intitulait « Au-delà des nuages », il en profita pour dire à son père qu’il allait chanter cette chanson à Port-au-Prince pour le prochain concours de Radio théâtre les dimanches suivants « à la recherche des étoiles ».

Encouragé par ses parents, nous allions retrouver Michel Pressoir tout au début des années 50 à Port-au-Prince où il prit part au concours de chant organisé par Radio Haïti dénommé « Radio Théâtre » : à la recherche des étoiles.

A une certaine époque, ce concours était accompagné par la frappe magique du grand orchestre Ernst (Nono) Lamy et l’animation impeccable d’Oswald Douyon et de Berthe (Bébée) Posy (tous les deux speakers à Radio Haïti) qui allaient introduire dans un premier temps les jeunes « étoiles ».

Il y eut la présence remarquable du jeune Henry Ramirez qui n’avait d’autres ambitions que de gagner le prix par tous les moyens, même au détriment de son principal concurrent Michel Pressoir qu’il rencontre au cours d’une séance de répétition à Radio Haïti.

Pour donner un peu plus de fil à retordre à Michel Pressoir en le chahutant à vive voix avant même qu’il ne paraisse sur l’estrade avec des mots ronflants tels que : « li pa konn chante ! Mete li deyò ! Henry bat li a zewo ».

Et puis, chose promise, chose faite : toutes les épreuves allaient vite commencé pour Michel Pressoir qui prit place comme tout un chacun dans le public, en mourant de stress et en attendant son tour avec impatience la modulation prochaine de la voix d’Oswald Douyon qui annoncait : « Nous partons à la recherche des étoiles ! maintenant, cette très belle chanson de Tino Rossi « Au-delà des nuages » ; ce jour-là, Michel ne faisait rien d’autre que laisser la place où il était pour monter sur le podium sous les applaudissements du public en entendant les gens assis près de lui chuchoter :

« Nous ne savons pas que c’est une étoile qui était assise à côté de nous ! » Bien timidement sans mot dire : « Apa se yon zetwal ki te chita bò kote nou an, li pa di n anyen ! » Après une très belle introduction de Nono Lamy au piano, Michel Pressoir débuta avec le premier couplet de son interprétation.

Et une partie du public commença à lui envoyer des boulets rouges en criant à tue-tête qu’il n’était pas à la hauteur de sa tache : « Li pa konn chante ! Nou rele anmwe !mete Li deyò ! »

Soudain quelqu’un dans le public se mit debout sur une chaise afin de passer des ordres à ces jeunes gens chauffés à blanc pour qu’ils se calment un peu, en acceptant de donner une chance à ce jeune chanteur dont la voix n’était pas aussi mal que cela puisse paraitre, à son humble avis.

C’est cela qui aurait permis à Michel Pressoir d’avoir eu la chance de terminer en beauté son interprétation en face d’un public composé de fins connaisseurs de Radio Théâtre.

En fin de compte, en ce grand jour de perturbation, Michel Pressoir finit par sortir ex-æquo à côté du jeune Raminez avec un applaudissement à peu près identique.

Etant donné qu’il ne pouvait y avoir qu’un seul gagnant, pour les départager, Oswald Douyon et Berthe Posy eurent l’amabilité de demander au grand public de les applaudir une seconde fois afin de choisir le gagnant. Ce fut de cette manière que Michel Pressoir finit par gagner le premier prix du concours de chant au Ciné Paramount : « à la recherche des talents », sous un applaudissement à tout rompre d’un public motivé, face à un groupe de supporteurs d’Henry Raminez, chauffé à blanc.

Tout de suite, après avoir gagné le premier prix de ce concours, Michel Pressoir commencait vraiment à prendre goût à la musique. En effet, il decida de laisser ses parents à la forêt des Pins pour rentrer définitivement à Port-au-Prince pour y poursuive une carrière de chanteur professionnel en bonne et due forme.

Sa vie

Michel Pressoir est né le 13 novembre 1934 à Jacmel. Son père s’appelait Sosthène Pressoir et sa mère Yvonne Altémany (tous les deux originaires de cette zone). Dès l’âge de trois mois, ils allèrent s’établir avec le petit Michel en République voisine jusqu’à huit ans, tout en conservant sa langue maternelle, le créole.

De retour à Port-au-Prince, après ses études primaires et secondaires, les circonstances de la vie allèrent transporter Michel Pressoir, au cours des années 50 jusqu’au Gonaïves où il alla travailler comme « foreman » pendant une période de six mois dans les travaux de rénovation de la Cité de l’Indépendance en vue de commémorer la fête de l’indépendance en beauté.

C’est dans cette bonne ambiance de travail qu’il rencontra sur une de ses trajectoires, accompagné de son ami Guy Gabriel, le jeune Jean Carlo Corvoisier. En faisant de la musique avec celui-ci et d’autres dans un petit orchestre de quartier qui s’appelait « Conjunto la voix des Gonaïves », composé de Jean Carlo Corvoisier au piano, Jean-Claude M. Guffy à la flûte, William Thiesfeld au tambour et Marc Thiesfeld, chanteur, sur cette même lancée, de retour à Port-au-Prince, Michel Pressoir fonda avec d’autres amis à Thorland (localité de la commune de Carrefour) un petit groupe musical.

En performant dans cette zone bien précise, Michel Pressoir, avant de planer vers d’autres horizons trouva un contrat à l’hôtel Riviera, ci-après Royal Haitian Club, pour y jouer de la musique, tous les samedis soir au bord de la piscine accompagné des musiciens à l’instar de Gérard Lucas, Philias Dor et Aristène Saint-Hubert… afin de divertir les touristes qui fréquentaient alors ce magnifique et luxueux hôtel.

C’est à partir de cette belle ouverture que les habitués de ce « grand show de variétés » eurent l’opportunité de découvrir la belle voix tendre et romantique de Michel Pressoir.

Quelque temps plus tard sans aucune hésitation, Edner Guignard l’engagea comme son chanteur favori… quand il allait laisser tomber l’hôtel Riviera pour aller performer de préférence à l’hôtel El Rancho à Pétion-Ville avec l’orchestre El Rancho d’Edner Guignard .

En dernier lieu jusqu’au début de l’année 1960, quand Edner Guignard de son côté prit la décision ferme de faire sortir un disque, il fit donc appel à d’autres musiciens du pays dont, Franck Duroseau, bongo ; Jean Séjour, sax ténor ; Sylvéra Décossa dit Tira au tambour ; Michel Pressoir chanteur ; Michel Desgrottes, trompette-chant ; Félix Guignard (Féfé) à l’accordéon et Edner Guignard chef d’orchestre au piano, pour venir l’aider dans la réalisation d’un beau disque à l’instar des grands jazz classiques haïtiens des années 40-50, pour un travail bien plus que présentable. En fait, l’ensemble d’Edner Guignard, jazz El Rancho n’était autre qu’un jazz de salon. Tout de suite après la sortie de l’unique disque d’Edner Guignard, son mini orchestre n’a pas fait long feu.

En un temps record, nous allions remarquer Michel Pressoir qui ne chôme pas comme lead vocal à l’ensemble casino international en remplacant tout bonnement Joe Trouillot qui devrait laisser le pays sous peu. Laquelle formation musicale comportait des musiciens tels : Georges Nerf à la guitare, Eddy Glodin à la batterie, Gérard ainsi connu au tambour, Dieudonné Julien à la basse et Henry Pierre-Noël au sax.

Après avoir passé quelques annés à jouer de la musique avec l’orchestre du casino international, il y eut brusquement une altercation entre le manager de l’orchestre, à savoir Georges Saïeh et certains musiciens du groupe, mis à part Michel Pressoir et Dieudonné Julien, pour une question d’augmentation de salaire pour les trois jours gras. ils prirent la décision de laisser tomber en bloc le fameux orchestre casino international qui finit par se dissoudre depuis lors, d’une manière définitive.

D’ou la raison de la création de la bande à Michel Pressoir, avec tous les transfuges de l’ensemble casino, mis à part un Dieudonné Julien qui restait fidèle à Georges Saïeh.

Mais Michel Pressoir garde le meme estime à l’endroit de Georges Saïeh qu’il considère toujours comme son bienfaiteur. Celui-ci avait bien voulu l’aider à trouver, plus d’une fois, les moyens pour honorer le paiement de l’échéance de sa voiture. C’est à cause d’une amitié de longue date qui lie Michel Pressoir à presque tous les musiciens de l’orchestre casino international qui l’empêche de les laisser tomber pour faire cavalier seule et pour former un autre groupe avec Georges qui lui en fit la demande.

Ce fut dans cette fameuse confusion que la formation musicale de Michel Pressoir se trouva chez Madame Claire Dayan Gauthier à Danthor Night Club, qui se trouvait à côté du commissariat de Police de Pétion-Ville, là où il y eut l’ancien club des Syriens de Pétion-Ville ci-après le rétro folie et le club 54.

En performant chez Madame Claire Dayan Gauthier qui était une ancienne commerçante de la place dans la section des vêtements usagés, en outre ce fut un jour pas comme les autres après avoir fini de jouer pour Madame Gauthier dans ledit club que Michel Pressoir, par une heureux hasard fit un petit tour à pied à Cabane Choucoune, là où l’ensemble de Nemours Jean-Baptiste avait l’habitude d’évoluer tous les samedis soir.

Ce jour-là, drôle de coïncidence, le maestro Nemours Jean-Baptiste ne s’y était pas présenté comme à l’ordinaire, parce qu’il était souffrant ainsi que son chanteur vedette Carlo Claudin.

Michel demanda alors aux musiciens de l’ensemble de Nemours Jean-Baptiste de lui accepter de chanter quelques morceaux avec eux. Ce qui fut fait en une fraction de seconde. Le grand public de ce grand club l’aima et l’ovationna chaleureusement.

A la fin de cette soirée inoubliable, Michel Pressoir laissa le night club de Cabane Choucoune comme si de rien n’était pour rentrer chez lui se reposer sans arrière pensée.

Texte de Elizé PIERRE
pize85@yahoo.fr
(509) 3 737 55 18

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