Hérard Dumesle: le premier écrivain haitien

Posté par elizepierre le 30 juin 2011

Si l’écrivain est avant tout un prosateur, une prose qui ne serait pas ni politique, ni polémique , Hérard Dumesle peut être considéré comme le premier écrivain en date de notre littérature.

Né aux Cayes le 16 juin 1774, Hérard Dumesle , dans sa jeunesse, aurait pris une part active au siège de Santo-Domingo (1805), à la bataille de Sibert (1 er janv 1807) et à l’expédition du Môle (1808-1810). En secondes noces, il avait épousé sa cousine Rose-Estelle Boisrond. A elle, il dédie son voyage au nord d’Haiti et les poésies qui y sont inserées. Selon Duraciné Vaval, « l’ouvrage contient des renseignement intéressant et des détails précis sur le roi Christophe et sa cour ».

Hérard Dumesle fut le chef de l’opposition parlementaire sous Boyer. « Doué d’une grande facilité et locution, il prononça à la Chambre des députés des discours véhéments qui ébrallèrent le gouvernement autoritaire de Boyer. Il devint un des méneurs de 1843, au triomphe de laquelle, il fut nommé secretaire d’Etat de la guerre et des relations extérieure(1 er janv 1844) ». (Duraciné Vaval, Histoire de la littérature haitienne ou l’âme noire, 1933). Cependant, quelque mois plus tard, le gouvernement tombe. Hérard Dumesle et le cousin du président Rivière-Hérard sont bannis du territoire de la République par un arrêté du 21 mai 1844 signé du nouveau président Guerrier. Hérard Dumesle meurt en éxil à Kingston en 1858, à l’âge de 74 ans.

Ses oeuvres

Hérard Dumesle a su écrire deux ouvrages avant de payer le tribu à la nature, le premier porte le titre de: « Réflexions politiques sur la mission de Fontange et Esmangart », publié en 1816 et le second est titré: « Voyage dans le nord d’haiti ou Révélation des lieux et des monuments historiques », publié en 1824.

Dans une lettre aux citoyens députés formant la Chambre des représentants des communes, Hérard Dumesle écrit: « Les sentiments les plus puissants du coeur humain m’ont fait prendre la plume pour tracer le tableau des malheurs et de la gloire d’Haiti; je me suis conformé au goût d’un sexe aimable en présentant des traits de l’histoire sous la voile allégorique des révélations. »

Le second ouvrage de Hérard Dumesle ,  » Voyage dans le Nord d’Haiti », est relativement volumineux. Lequel ouvrage montre l’entichement particulier du style de l’auteur. c’est ce qui fait de lui un vrai écrivain, d’ailleurs, selon plus d’un. Dans un extrait de son oeuvre, le feu Hérard Dumesle parle de la rencontre d’un vieillard au Mole.

Mon coeur fut douloureusement affecté en revoyant cette ville célèbre par un siège de trois années et par la mort d’un héros dont le nom brillera d’un immortel éclat dans les fastes de la gloire.

Cette cité, belle par son immense port, qui rivalisait nos villes commercantes.Il y a 14 ans, et subsistait encore lorque Lamarre la défendait, n’offre plus à l’oeil consterné du voyage que des ruines, des décombres, des troçons des piliers ensevélis sous des lianes; quelques cabanes de pêcheurs jetées ça et là ont remplacé ses maisons où régnait le goût d’une simple, mais agréable architecture: ces jardins où l’on touvait réunies les productions des deux mondes, cette place ornée d’abres magnifiques; tout a disparu. Je les cherchai aux lieux où ils furent naguère, et ne les retrouvai plus.

Epouvant ce sentiment profond qui pénètre l’âme du voyageur philosophe, lorsqu’il rencontre dans un désert, le reste de ses monuments qui consacre la grandeur et le génie des peuples que les torrents des siècles et des révolutions ont anéantis, je tournai mes regards vers cette nature que les hommes outragent si souvent, et saisi de vénération à l’idée des soins qu’elle prend de cacher jusqu’au témoignage de nos folies, en faisant croitre l’herbe sur les débris de tant d’états saccagés: Voilà me dis je, voilà les funestes effet de l’ambition!

Eh quoi! le tyran qui régnait en ses lieux ne voulait donc d’autre empire que celui de la désolation, d’autre félicité que les larmes, la misère et les camités publiques.

J’étais habimé dans ses réflexions lorsque je vis venir à moi un viéllard encore frais, mais dont la physionomie portait l’empreinte du chagrin; ses traits ne m’étaient pas inconnus, cependant ils échappaient à ma mémoire.

Nous nous saluâmes; il me regarde avec attention et d’un mouvement simultané, nous nous élançâmes l’un vers l’autre. C’était G., frère d’un personnage remarquable qui fugura avec distinction dans la première guerre civile.

je l’avais connu pendant le cours des campagnes de Lamarre dans le Nord; de communs dangers nous avaient lié, malgré la différence de nos âges, et nous éprouvâmes dans une circonstance si inattendue le besoin de nous échapper.

Je lui fis mille questoins sans lui donner le tempas de donner réponse à aucune. j’étais mû par un sentiment pressant; il le vit et me dit:  » Retirons nous un peu, nous pauserons à loisir. »

Je remarquai dans cette précaution l’habitude de la crainte sous l’ombrageux gouvernement de Christophe; comme sous celui des Leclerc et des Rochambeau, chaque citoyen croyant raconter dans chacun de ses frères un espion du tyran, n’osait communiquer ses pensées: Tous s’étudiaient à ne proférer aucune parole que la magnilité put interpréter; un seul geste pouvait conduire au supplice.

Je ne voulus pas lui faire voir que je m’apercevais de la vague terreur qui l’agitait ; je le suivis, et nous arrivâmes ensemble sous le plateau qui forme le Morne-à-Cabri.

C’est une petite colline qui domine du môle à l’opposé du port, et semble en être le premier étage; sa forme est circulaire: à sa droite on trouve cet étroit vallon appelé gorge; la vue de son terrain aride et pierreux serait repoussante, si la fleur du câprier qui le tapisse n’offrait à l’oeil une couleur plus vive que celle de la Topaze, et ne le délassait de la fatigue qui l’éprouve en appercevant le morne couvert de cardache et autre plante qu’elle a disposé n’humecta jamais; nous nous assigne sur les débris d’une vielle fortification prêt du tronc d’un figuier maudit, qui se plaint tant au milieu des ruines sollitaire, ses branchages nous offraient une hombre propice.

G… me serra la main en soupirant, et satisfait ainsi le désir que je lui exprimai.

Texte de Elizé PIERRE
pize85@yahoo.fr
(509) 3 737 55 18

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